PAR PERRINE DIÉVAL
hazebrouck@lavoixdunord.fr « Mon cher oncle,... » Michel Parisot, submergé par l'émotion devant la tombe de Joseph-Ernest, ne peut aller beaucoup plus loin dans l'hommage qu'il a patiemment rédigé. Son fils, Éric, prend le relais. Autour de lui, les membres de la famille font corps. C'est peu dire que ce moment est attendu depuis longtemps.
Éric. C'est justement lui qui a relancé les recherches. Il a toujours voulu en savoir davantage sur cet homme, dont le portrait trônait sur le buffet du grand-père. « Gamin, je posais des questions, se souvient-il. On me répondait que c'était le "Nonon", comme on dit chez nous, mort à la guerre. C'est tout. » Pour cause : toute la famille est restée dans l'ignorance de son lieu de sépulture jusqu'en 1972. « Mon père et son frère avaient engagé des recherches auprès des Anciens Combattants, reprend Éric Parisot. C'est ainsi qu'on a appris que Joseph-Ernest était inhumé à Terdeghem. » Mais cette nouvelle essentielle, qui permet à Michel Parisot d'effectuer un premier « pèlerinage » en Flandre en compagnie de deux frères dans les années 80, ne soulage pas Éric. Il en veut plus. Savoir quelle a été la vie de son grand-oncle. Où est-il mort ? À quel âge ? « En fait, je crois que j'avais envie d'avoir un morceau de son histoire pour le refaire vivre. On ne le connaissait que comme un homme mort, pas comme un vivant », souligne Éric Parisot.
Le travail de recherches, mené par son épouse Mireille dès 2003, est de longue haleine. Et tout aussi passionnant. À force de sonder l'Histoire, de fouiner dans les archives départementales de Nancy et d'Épinal, mais aussi à Vincennes, la famille finit par reformer le puzzle.
Joseph-Ernest Parisot était un ouvrier d'usine. Devançant l'appel comme volontaire en 1915, il était entré au 106e BCP le 12 avril 1915. Il avait suivi un stage de mitrailleur du 31 août au 22 septembre 1915 comme télémétreur à Chaumont. Puis avait enchaîné les campagnes.
Comme en octobre 1915 en Champagne. En juin 1916 à Verdun. Ou en juin 1917 au Chemin des Dames.
Le 9 mai 1918, le jeune homme de 21 ans est grièvement blessé au visage par un éclat d'obus qui lui occasionne la perte des deux yeux. Il décède le 10 mai à 5 h, dans le train sanitaire qui le ramène à l'arrière. Son corps est débarqué à Terdeghem et inhumé dans le cimetière militaire provisoire. Peut-être même à la même heure qu'hier, lorsque ses descendants sont venus se recueillir sur sa tombe.
Il y a 90 ans, la famille n'avait pas fait rapatrier le corps. « Peut-être parce qu'on pensait qu'il fallait payer, alors que le Gouvernement réglait ces frais », suggère Éric Parisot. La sépulture restera à jamais ici, en Flandre. Au milieu de ses frères d'armes.