

Lycée Pasteur de Lille, hier. Des «terminale L» montrent, radieux, leurs relevés de notes. : La Voix du Nord PAR NICOLAS FAUCON
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PHOTO MAX ROSEREAU Ciel charmeur au-dessus du lycée Pasteur. L'établissement lèvera le voile dans dix minutes chrono au compteur. Sur le trottoir, une trentaine de lycéens qui ruminent, imaginent. Le meilleur ou bien le pire. Et puis, à côté, leurs parents rongeurs d'ongles, qui ressuscitent les jours d'antan, souvent mutiques et crispés comme la descendance. Un jour de résultats du bac, donc. Deux cents ans que ça dure. Monument en péril : il faudrait le réformer, plaident certains. Mais chez les jeunes, immuablement, la quête du sésame agite les sens.
À l'écart, il y a Gwenaëlle, brunette de 17 ans, qui discute avec l'ami Mathieu : les deux terminale L tuent le temps, en attendant. « On verra bien. » Plus loin, François, 20 ans, récidiviste du bachot, promène sa boucle d'oreille et contient son stress en bombant le torse devant les aînés venus encourager. « De toute façon, c'est "mégachouille" ce soir », promet-il. Jérémy, casque de scooter dans la main, pèse l'enjeu. « J'suis un peu stressé. Y a dix mois de travail derrière, quand même. »
Il est 11 heures sur Pasteur. La jeunesse fébrile s'approche des feuilles-couperets, part à la chasse aux patronymes et laisse s'échapper larmes, cris, rires. Pour « Gwën », c'est le bonheur, le BTS assistante de manageur qui s'ouvre à elle. « On va improviser une fête. Je vais aller chercher mon copain. Il a les résultats de son bac pro cet après-midi. » Jérémy, lui, est bon pour le rattrapage. « J'ai fourni du boulot et je suis à moitié récompensé », lâche-t-il, à moitié résigné. Et puis François, qui traîne son blues d'abonné au recalage. Portable vissé sur le tympan, il chuchote la mauvaise nouvelle. « C'est la deuxième fois que je rate », soupire-t-il, assis sur un muret. À l'horizon ? « Je vais essayer de chercher du boulot. Dans quoi, je ne sais pas trop. » Passage à vide.
Il y a les flegmatiques, aussi, les candidats dégagés : le privilège des forts en thème, le plus souvent. Style Philippine, jeune fille BCBG de 17 ans venue avec la copine constater la mention (AB dans la série ES) avant de regagner façon mère peinarde le foyer familial. « J'étais un peu stressée quand même avant d'arriver ici », dit celle qui, la veille des résultats, passait un concours pour intégrer un institut d'études politiques.
Finie, foutue, bradée la filière littéraire ? Pas quand on atteint l'excellence. Si, aujourd'hui, un lycéen sur dix emprunte la série L (en 1968, ils étaient un sur deux), les meilleurs peuvent faire leur beurre. Comme Margot. Mention TB, la palme des palmes. Pour elle, ce sera Sciences Po ou hypokhâgne (lettres supérieures). Au programme ce soir ? « On va faire la fête dans une boîte de nuit de Wazemmes avec les copains-copines. Ça sera à coup sûr la plus grosse soirée de l'année ! » Gwënaelle, plutôt du genre fêtarde habituellement - « après le bac blanc, on a fait des fêtes, même le mercredi après-midi » - la joue modérée et solidaire. « Je vais passer l'après-midi avec la copine. Elle est au rattrapage. Ce soir, on ira faire un tour mais on ne devrait pas être trop nombreux. » Hier, dans l'académie, quelque 20 000 lycéens des filières générales et technologiques ont décroché le sésame. La fin du stress. Et tous cultivaient le même projet immédiat : arroser le monument décroché. Avec modération ?
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