

Danielle et Nicole ne pouvaient pas manquer ça. Hier matin, à 9 h 30, les yeux levés au ciel, elles observent un mastodonte d'acier de 120 tonnes qui commence à dévorer leurs anciens appartements. Elles ont vécu respectivement dix-huit et dix-sept ans dans la tour C, l'une au 1er étage, l'autre au 10e. Elles voient disparaître par petits bouts cette partie de leur vie, « avec un pincement au coeur, parce qu'on était bien ici, quand même... » Les coups de mâchoire dans la tour, ça leur « fait drôle », même si elles savent que c'est pour le bien du quartier.
La démolition par « grignotage » de cette tour C est symbolique. C'est la première opération visible et d'envergure du projet de rénovation urbaine (PRU) engagé pour les cinq ans à venir. En novembre, la ville signait une convention avec l'Agence nationale de rénovation urbaine (ANRU), et obtenait une manne financière de 89 millions d'euros. Ajoutée à la part des bailleurs sociaux, du conseil régional, de la communauté urbaine, etc., on arrive à une jolie enveloppe de 301 millions d'euros consacrée au renouveau urbain de la ville.
La plus grosse part du gâteau revient à ce quartier des Trois Ponts, avec ses hautes tours, symbolisant l'échec des grands ensembles collectifs.
Alors, on rase, en partie, le quartier, pour mieux « l'ouvrir », et casser l'image - un peu trop facile - du ghetto. Ici, on va détruire plus de 700 logements sociaux sur les 1 700 que compte le quartier. À l'issue des travaux, on en aura reconstruit 261, partagés entre logements sociaux et accession à la propriété. Objectif : une population moins concentrée, qui respire mieux, donc - espère-t-on - qui « vivra mieux ensemble », comme l'exige l'expression désormais consacrée. Le projet prévoit ainsi une grande part « d'humain », insiste-t-on à la mairie de Roubaix. Une Maison du projet a été ouverte pour informer les habitants des évolutions à venir, des « fêtes de la rénovation » sont organisées pour impliquer enfants et parents dans la mue de leur environnement. Surtout, un vaste plan de relogement est mis en place, associant autant que possible les Roubaisiens. Tous n'obtiennent évidemment pas le relogement rêvé, mais on demande son avis à chaque famille. La plupart ont souhaité quitter le quartier. Les reconstructions prévues dans le PRU se feront d'ailleurs essentiellement dans d'autres secteurs de la ville, par des petits îlots d'habitations, plus faciles à vivre.
Ceux qui resteront aux Trois Ponts profiteront pour leur part, à terme, des autres aménagements programmés : création d'espaces publics ouverts, nouveau centre commercial, centre multi-accueil dédié à la petite enfance, rénovation d'école, etc. Danielle et Nicole verront cela. Elles ont insisté pour être relogées à proximité. Dans leur nouveau « chez soi », elles ne se sentent « pas aussi bien que dans la tour C ». Mais au moins, elles ont pu rester dans ce quartier qu'elles aiment.
WILFRIED HECQUET
PHOTO ALEXIS CHRISTIAEN
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